Pour une école vraiment démocratique...
Par Eveline, mercredi 27 mai 2026 à 11:36 :: Education, Ecole et Pédagogie :: #605 :: rss
En l'an 2021, a été publié un ouvrage collectif, écrit par six amis enseignants, (j'étais la coordinatrice du projet), en activité encore, pour certains, et en retraite pour les autres, au titre ambitieux que voici: "Pour que la démocratie entre à l'école".
Certes, il ne fit pas grand bruit, dans le Landernau de la pédagogie, peu soucieux des parutions nouvelles en pédagogie, et certains exemplaires, qui n'ont pas trouvé d'acquéreur, sont toujours là dans ma bibliothèque...
Dans le marasme actuel où git tristement notre école, il ne serait sans doute pas complètement inutile d'en relire quelques pages, histoire de donner deux ou trois idées, redevenues nouvelles, à ceux de l'équipe pédagogique en place... Ils semblent en effet en manquer singulièrement, surtout quand on lit les derniers "nouveaux" programmes scolaires...
Certes, il ne fit pas grand bruit, dans le Landernau de la pédagogie, peu soucieux des parutions nouvelles en pédagogie, et certains exemplaires, qui n'ont pas trouvé d'acquéreur, sont toujours là dans ma bibliothèque...
Dans le marasme actuel où git tristement notre école, il ne serait sans doute pas complètement inutile d'en relire quelques pages, histoire de donner deux ou trois idées, redevenues nouvelles, à ceux de l'équipe pédagogique en place... Ils semblent en effet en manquer singulièrement, surtout quand on lit les derniers "nouveaux" programmes scolaires...
Il faut d'abord rappeler ce que signifie ce beau mot de "démocratie", volontiers mis à diverses sauces : on le définit comme un système politique, et une forme de gouvernement, dans lequel la souveraineté émane du peuple.
Mais la définition la plus précise a été donnée par Montesquieu en posant sa théorie de la séparation nécessaire des trois pouvoirs, sans laquelle, la démocratie est impossible : le pouvoir législatif qui définit les lois, le pouvoir exécutif qui les met en application et le pouvoir judiciaire qui surveille cette mise en application. C'est aussi Montesquieu à qui l'on doit la mise en place du suffrage universel (États-Unis, 1776). Le respect des libertés publiques est au cœur même du fonctionnement de la démocratie dite aujourd'hui « libérale ».
Il est, alors, peu contestable d'affirmer que, si notre système politique peut prétendre se rapprocher un peu (pas davantage !) de cette définition, la démocratie, en tant que telle, n'est toujours pas entrée dans l'Ecole publique, qui se dit pourtant républicaine : la souveraineté n'y émane pas du tout des élèves, soumis à des activités, décidées sans eux, par le corps enseignant.
L'ouvrage évoqué plus haut propose un joli projet de "Déclaration des droits des acteurs de l'Ecole". Un tel projet, jamais mis en expérimentation, ni même divulgué, me semble mériter d'être connu une nouvelle fois. Une déclaration en dix articles, dont voici un exposé très abrégé (1) :
Article 1 :
Ainsi que cela est dit dans la Déclaration Universelle des Droits de l'homme, tous les acteurs de l'école, quel que soit leur âge, leurs titres ou leurs fonctions, sont rigoureusement libres et égaux en droit. Le terme "d'égalité" ne concerne que les personnes, indépendamment de leur fonction. La précision est ici essentielle : seule, la fonction, qui définit des responsabilités différentes, d'importances et de champs variables, installe une hiérarchie, qui ne doit en aucun cas, devenir un pouvoir sur les personnes, dont les fonctions sont subalternes.
Article 2 :
L'Ecole ayant pour vocation de permettre aux enfants de devenir des citoyens libres, capables de défendre les valeurs démocratiques de leur pays, il est nécessaire que ceux-ci vivent la démocratie à l'école, pour pouvoir, devenus adultes,en analyser le fonctionnement, le comprendre, en connaître les fragilités et pouvoir protéger celles-ci, des multiples dangers qui les guettent.
Article 3 :
Les enfants mineurs sont placés sous la responsabilité des personnes chargées de s'occuper d'eux, sans être, pour autant, en leur pouvoir : une précision nécessaire, car la distinction n'est pas évidente à tout le monde.
En tant que personnes, ils ont le droit être informés des projets prévus pour eux et des devoirs qui y sont associés.
En tant que personnes, ils ont le droit de refuser ces projets et de solliciter des débats à leur sujet
Article 4 :
A l'instar des lois du pays qui sont proposées par des élus du peuple, ce qu'on nomme le règlement d'un établissement scolaire, doit être connu, discuté et amendé chaque année, par des représentants des élèves, élus par eux. Il doit se présenter, non par une longue liste d'interdits avec sanctions y afférentes, comme ce fut trop souvent le cas, mais par une charte décrivant et justifiant les choix d'organisation de la vie collective de l'établissement.
Article 5
Au début de chaque année, les élèves ainsi que leurs parents, doivent être informés les premiers des programmes d'enseignement prévus officiellement, et les premiers cours doivent être consacrés à une exploration-explication de l'ensemble du travail de l'année.
Article 6
Aucune personne, élève ou parent d'un d'entre eux, ne peut être sanctionné pour cause d'ignorance ou d'erreur, attendu que c'est le travail de l'école de faire en sorte que les enfants deviennent capables de les détecter et d'y remédier.
Article 7
Il est rappelé qu'en France, une circulaire de l'an 2000 stipule que les punitions infligées doivent respecter la personne des élèves ainsi que leur dignité. Même pour des fautes graves, les sanctions doivent avoir un caractère positif et constituer une aide vers la "réparation du dommage", avec l'ensemble de la classe, sans jamais prendre la forme d'une exclusion.
Article 8
Tout travail devant être évalué, dans les habitudes actuelles, (lesquelles restent discutables et modifiables sur ce point), les évaluations proposées seront toujours participatives, donc menées avec les élèves, et les décisions prises le seront toujours avec eux. Précisons qu'elles n'ont à se produire qu'à la fin d'un cycle de travail, et jamais durant le cours de celui-ci, car la notion "d'évaluations intermédiaires", inventée par un ministre particulièrement incompétent, est une absurdité, en totale opposition avec ce qu'est une évaluation. Cette notion, en effet, oublie que les enfants n'ont jamais la même vitesse de travail, et qu'ils sont loin d'arriver ensemble à chacun des moments de leur apprentissage. Ils ne peuvent se retrouver qu'à la toute fin du travail, le seul moment où une évaluation est possible.
A ces articles, il convient d'ajouter d'importants compléments, signés Alain Miossec et Philippe Meirieu, que voici :
1- Alain Miossec, qui propose plusieurs articles nouveaux, parmi lesquels :
1a : tous les élèves ont le droit de comprendre, sans recevoir les savoirs comme des idées reçues : tous les élèves ont droit de ne pas être piégés par des pédagogies en connivence avec les apports liés au capital familial financier, culturel etc.
1b : tous les élèves ont droit de bénéficier de démarches pédagogiques favorisant un temps de cheminement des uns et des autres, sans la tyrannie de l'urgence, pour devenir capables d'entrer dans a complexité, en sachant affronter l'incertitude et le doute.
1c : tous les élèves ont le droit de comprendre et non de recevoir les savoirs comme des vérités toutes faites.
1d : tous les élèves ont le droit de ne pas subir l'enfermement dans la solitude et la concurrence individualiste, pour pouvoir quotidiennement faire l'expérience de la coopération, du débat et de l'entraide.
2- Philippe Meirieu, qui en propose deux :
2.1 : En ce qu'elle se donne pour objectif la formation des personnes, l'éducation ne peut être soumise à l'obligation de résultats, et son efficacité ne peut être mesurée en termes de performances.
2.2 : L'éducation scolaire doit partir des "problèmes" que tout citoyen doit apprendre à gérer et à résoudre, et non des catégorisations disciplinaires sédimentées dans la sphère des savoirs savants.
. Il me semble qu'il y a là matière à débats... et à réflexions.
Dans l'état de morosité plate, où se trouve actuellement l'école, ce rappel d'un texte collectif, enthousiaste et provocateur, devrait, si le monde de l'école a encore un peu de vie, réveiller les collègues et tous ceux qui vivent, de près ou de loin, dans cet univers, pour que notre chère ECOLE retrouve l'élan indispensable à son travail, ses projets et tout simplement à sa vie.
Redonnons vie à cette belle école, laïque et gratuite, dont il existe si peu d'exemples dans les autres pays, et défendons-la, de toutes nos forces, pour qu'elle retrouve le sens magnifique que lui avaient donné les Jean Zay, les Langevin, les Wallon, et tous ceux qui l'ont défendue et aidée, avec ce que Jules Ferry avait prévu pour elle, qui est, aujourd'hui, si oublié de tous ceux qui ont la charge de son fonctionnement.
Il est urgent de réveiller leur mémoire !
1 : On peut approfondir ce qui est dit ici en se reportant à l'ouvrage : " Pour que la démocratie entre à l'école" Editions du Croquant, 20 route d'Héricy 77870 Vulaine sur Seine
Mais la définition la plus précise a été donnée par Montesquieu en posant sa théorie de la séparation nécessaire des trois pouvoirs, sans laquelle, la démocratie est impossible : le pouvoir législatif qui définit les lois, le pouvoir exécutif qui les met en application et le pouvoir judiciaire qui surveille cette mise en application. C'est aussi Montesquieu à qui l'on doit la mise en place du suffrage universel (États-Unis, 1776). Le respect des libertés publiques est au cœur même du fonctionnement de la démocratie dite aujourd'hui « libérale ».
Il est, alors, peu contestable d'affirmer que, si notre système politique peut prétendre se rapprocher un peu (pas davantage !) de cette définition, la démocratie, en tant que telle, n'est toujours pas entrée dans l'Ecole publique, qui se dit pourtant républicaine : la souveraineté n'y émane pas du tout des élèves, soumis à des activités, décidées sans eux, par le corps enseignant.
L'ouvrage évoqué plus haut propose un joli projet de "Déclaration des droits des acteurs de l'Ecole". Un tel projet, jamais mis en expérimentation, ni même divulgué, me semble mériter d'être connu une nouvelle fois. Une déclaration en dix articles, dont voici un exposé très abrégé (1) :
Article 1 :
Ainsi que cela est dit dans la Déclaration Universelle des Droits de l'homme, tous les acteurs de l'école, quel que soit leur âge, leurs titres ou leurs fonctions, sont rigoureusement libres et égaux en droit. Le terme "d'égalité" ne concerne que les personnes, indépendamment de leur fonction. La précision est ici essentielle : seule, la fonction, qui définit des responsabilités différentes, d'importances et de champs variables, installe une hiérarchie, qui ne doit en aucun cas, devenir un pouvoir sur les personnes, dont les fonctions sont subalternes.
Article 2 :
L'Ecole ayant pour vocation de permettre aux enfants de devenir des citoyens libres, capables de défendre les valeurs démocratiques de leur pays, il est nécessaire que ceux-ci vivent la démocratie à l'école, pour pouvoir, devenus adultes,en analyser le fonctionnement, le comprendre, en connaître les fragilités et pouvoir protéger celles-ci, des multiples dangers qui les guettent.
Article 3 :
Les enfants mineurs sont placés sous la responsabilité des personnes chargées de s'occuper d'eux, sans être, pour autant, en leur pouvoir : une précision nécessaire, car la distinction n'est pas évidente à tout le monde.
En tant que personnes, ils ont le droit être informés des projets prévus pour eux et des devoirs qui y sont associés.
En tant que personnes, ils ont le droit de refuser ces projets et de solliciter des débats à leur sujet
Article 4 :
A l'instar des lois du pays qui sont proposées par des élus du peuple, ce qu'on nomme le règlement d'un établissement scolaire, doit être connu, discuté et amendé chaque année, par des représentants des élèves, élus par eux. Il doit se présenter, non par une longue liste d'interdits avec sanctions y afférentes, comme ce fut trop souvent le cas, mais par une charte décrivant et justifiant les choix d'organisation de la vie collective de l'établissement.
Article 5
Au début de chaque année, les élèves ainsi que leurs parents, doivent être informés les premiers des programmes d'enseignement prévus officiellement, et les premiers cours doivent être consacrés à une exploration-explication de l'ensemble du travail de l'année.
Article 6
Aucune personne, élève ou parent d'un d'entre eux, ne peut être sanctionné pour cause d'ignorance ou d'erreur, attendu que c'est le travail de l'école de faire en sorte que les enfants deviennent capables de les détecter et d'y remédier.
Article 7
Il est rappelé qu'en France, une circulaire de l'an 2000 stipule que les punitions infligées doivent respecter la personne des élèves ainsi que leur dignité. Même pour des fautes graves, les sanctions doivent avoir un caractère positif et constituer une aide vers la "réparation du dommage", avec l'ensemble de la classe, sans jamais prendre la forme d'une exclusion.
Article 8
Tout travail devant être évalué, dans les habitudes actuelles, (lesquelles restent discutables et modifiables sur ce point), les évaluations proposées seront toujours participatives, donc menées avec les élèves, et les décisions prises le seront toujours avec eux. Précisons qu'elles n'ont à se produire qu'à la fin d'un cycle de travail, et jamais durant le cours de celui-ci, car la notion "d'évaluations intermédiaires", inventée par un ministre particulièrement incompétent, est une absurdité, en totale opposition avec ce qu'est une évaluation. Cette notion, en effet, oublie que les enfants n'ont jamais la même vitesse de travail, et qu'ils sont loin d'arriver ensemble à chacun des moments de leur apprentissage. Ils ne peuvent se retrouver qu'à la toute fin du travail, le seul moment où une évaluation est possible.
A ces articles, il convient d'ajouter d'importants compléments, signés Alain Miossec et Philippe Meirieu, que voici :
1- Alain Miossec, qui propose plusieurs articles nouveaux, parmi lesquels :
1a : tous les élèves ont le droit de comprendre, sans recevoir les savoirs comme des idées reçues : tous les élèves ont droit de ne pas être piégés par des pédagogies en connivence avec les apports liés au capital familial financier, culturel etc.
1b : tous les élèves ont droit de bénéficier de démarches pédagogiques favorisant un temps de cheminement des uns et des autres, sans la tyrannie de l'urgence, pour devenir capables d'entrer dans a complexité, en sachant affronter l'incertitude et le doute.
1c : tous les élèves ont le droit de comprendre et non de recevoir les savoirs comme des vérités toutes faites.
1d : tous les élèves ont le droit de ne pas subir l'enfermement dans la solitude et la concurrence individualiste, pour pouvoir quotidiennement faire l'expérience de la coopération, du débat et de l'entraide.
2- Philippe Meirieu, qui en propose deux :
2.1 : En ce qu'elle se donne pour objectif la formation des personnes, l'éducation ne peut être soumise à l'obligation de résultats, et son efficacité ne peut être mesurée en termes de performances.
2.2 : L'éducation scolaire doit partir des "problèmes" que tout citoyen doit apprendre à gérer et à résoudre, et non des catégorisations disciplinaires sédimentées dans la sphère des savoirs savants.
. Il me semble qu'il y a là matière à débats... et à réflexions.
Dans l'état de morosité plate, où se trouve actuellement l'école, ce rappel d'un texte collectif, enthousiaste et provocateur, devrait, si le monde de l'école a encore un peu de vie, réveiller les collègues et tous ceux qui vivent, de près ou de loin, dans cet univers, pour que notre chère ECOLE retrouve l'élan indispensable à son travail, ses projets et tout simplement à sa vie.
Redonnons vie à cette belle école, laïque et gratuite, dont il existe si peu d'exemples dans les autres pays, et défendons-la, de toutes nos forces, pour qu'elle retrouve le sens magnifique que lui avaient donné les Jean Zay, les Langevin, les Wallon, et tous ceux qui l'ont défendue et aidée, avec ce que Jules Ferry avait prévu pour elle, qui est, aujourd'hui, si oublié de tous ceux qui ont la charge de son fonctionnement.
Il est urgent de réveiller leur mémoire !
1 : On peut approfondir ce qui est dit ici en se reportant à l'ouvrage : " Pour que la démocratie entre à l'école" Editions du Croquant, 20 route d'Héricy 77870 Vulaine sur Seine
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